Voici un texte que j’ai écrit, en plusieurs fois durant mes hospitalisations successives lors des années passées (écrit dans un petit carnet moleskine offert par Anne : merci Anne !!). Il a pour origine mon interrogation sur la magie des soirs d’été, qui m’ont toujours fasciné, par leur caractère à la fois léger et grave, joyeux et mélancolique…
J’ai essayé de mettre en mots ces impressions, ce ressenti. Le texte qui suit est donc découpé en 3 parties pour évoquer les 3 aspects que je voulais souligner.
J’espère que la lecture de ce texte vous plaira, il n’a aucune visée philosophique, encore moins littéraire. C’est en quelque sorte une méditation sur ces petits moments ordinaires qui font parfois une vie extraordinaire. Je reprends le texte tel quel, comme je l’avais écrit à l’époque ; j’espère encore une fois que sa lecture vous sera agréable.
La quiétude d’un soir d’été
Partie I
Je ne sais pas à quand remonte le souvenir de cette expression dans ma mémoire. Est-ce de l’avoir entendue de la bouche d’un proche, lue dans une revue ? Est-ce mon imaginaire qui en a fait une expression toute faite ? Est-ce encore l’inspiration venue du Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare ou de la chanson de Jacques Brel Je suis un soir d’été ? Dans mon esprit, il semblerait que les nuits d’été soient propices à quelque chose, mais propices à quoi ?
Je parlais de quiétude, qu’est ce que je voulais dire par là ? Les premiers souvenirs que j’ai de cet état ou de ce sentiment-je ne sais pas comment le nommer-remonte à mon adolescence. A la fenêtre, je sentais la nuit claire emplir l’atmosphère de ma chambre. A vrai dire, la nuit n’emplissait pas la pièce car la fenêtre était déjà ouverte. C’est le propre des nuits d’été : elles sont présentes et absentes à la fois… Leurs odeurs, leur lumière, leur température ne tranchent pas avec l’atmosphère de la journée. Est-ce le fait de passer ses journées dehors ? En tout cas, on les voit tomber bien plus doucement, progressivement que pour les autres saisons. Ne serait-ce que la baisse de la lumière (toujours) un peu trop tôt d’une nuit de printemps, la brise glacée d’un soir d’hiver, ou la pluie légère d’automne qui incite à rentrer chez soi, au sec ?
La quiétude vient surement de cette liberté des soirs d’été. Le soir ne vient pas rompre la fin de la journée. Nous avons un sentiment, certainement un peu faussé, que le temps se ralentit, qu’il nous échappe un peu moins.
Je sentais la nuit claire, les étoiles, chacune des plantes, des fleurs du jardin. J’avais l’impression d’assister à des spectacles cachés. La vie nocturne des plantes pendant les autres saisons est tellement plus secrète ! Là, je ressentais, plus que pendant les autres saisons, l’harmonie apparente de cette vie nocturne de la nature.
C’est dans ces moments là que j’entrevoyais les champs des possibles. Toutes les rêveries, toutes les belles et grandes idées s’ouvraient à moi. La nuit chaude et claire me projetait tous les voyages, toutes les escapades à pied, à solex pour traverser la nuit jusqu’à une aube nouvelle, qui sur une plage déserte, qui sur une clairière donnant sur une vallée ensommeillée. Permettre ces grandes rêveries libres, n’est-ce pas le propre de cette saison, l’été ?
L’été, le temps prend une autre dimension. J’ai déjà dit combien le jour et la nuit sont moins séparés. Chacun sait combien les horaires, s’ils ne sont pas volontairement assouplis pendant la période estivale, le deviennent de fait : horaires de travail, administratifs (parfois), horaires de voyages (moins souvent), les activités commerciales, sociales semblent prendre un nouveau rythme. Si ce n’est pas toujours le cas pour leur début, qui pourrait prétendre que leurs horaires de fin ne sont pas l’occasion de s’éterniser ? Pour prendre le pouls de cette saison, partager un peu plus que d’habitude, proposer à qui un verre, à qui un apéritif, un barbecue, un déjeuner dans l’herbe, une promenade en ville ou dans la forêt…
L’espace, de la même façon que le temps est comme libéré, disséminé, clairsemé, les vacanciers ont éclairci les rues, les lieux de vie et de travail ralentissant par là même occasion les flux, les flots de passants, de véhicules… De nouveau, nous portons un regard renouvelé sur les lieux : nous nous approprions un peu plus ou différemment nos lieux habituels. Nous découvrons également avec un regard neuf les lieux délaissés pendant la période estivale. Nous dénichons parfois d’autres lieux dont nous n’avions pas soupçonné l’existence et que la présence muette des autres lieux met pour ainsi dire en lumière : cette boutique cachée, cette placette isolée, cette impasse masquée, ce détour de chemin…
Je crois que cette liberté joue sur ce sentiment de bien-être, d’apaisement qui naît en nous au moment où la nuit d’été tombe. Tout nous semble plus simple en ce moment privilégié : le temps ralenti, l’espace moins encombré. Nous laissons plus naturellement plus d’espace en nous pour l’imagination, nos projets, nos rêveries.
Nous associons d’autant plus facilement ces soirées à la flânerie et à la légèreté que nous y associons les images rêvées/vécues des représentations romantiques de moments magiques ; couchers de soleil sur la plage, promenades romantiques au clair de lune, diners aux chandelles dans des cadres idylliques, contemplations muettes de cieux étoilés…